Dernière mise à jour : 4 févr.
L’année 2025 a été une année de baisse des taux courts et de hausse des taux longs, mettant fin dès le mois de mars 2025 à deux années d’inversion de la courbe des taux de swaps en zone euro.
Sur l’ensemble de l’année 2025, les taux de swaps 10 ans sont remontés de 50 points de base tandis que le taux de la facilité de dépôt de la BCE baissait de 100 points de base, s’ajoutant aux 100 points de base de baisse déjà engrangés en 2024.

Source : Bloomberg et ESTER
Maintenant que la courbe des taux est normalisée, peut-on attendre une baisse des taux de swaps longs en zone euro en 2026 ?
A défaut de pouvoir trancher cette question, faisons le point sur les principaux catalyseurs des taux de swaps longs pour 2026 en zone euro :
Les taux longs en USD
Les taux longs en zone Euro sont presque systématiquement influencés par les taux longs américains avec une corrélation significative. Une baisse des taux longs américains de 100 points de base a de fortes chances d’entrainer une baisse des taux longs en zone euro entre 30 et 60 points de base par des phénomènes de contagion vérifiés historiquement. Inversement une hausse des taux américains serait un facteur de hausse des taux longs européens dans les mêmes proportions.

Source : Bloomberg et ESTER
Le Quantitative Tightening
Aux Etats Unis, la FED a mis fin au programme de réduction de ses actifs obligataires mais ce programme de Quantitative Tightening (QT) se poursuit en zone Euro où la BCE a stoppé progressivement les réinvestissements des titres arrivant à échéance à partir de juillet 2023 (APP), puis complètement au début de 2025 (PEPP).
Le bilan consolidé de la BCE et des Banques Centrales nationales de la zone Euro est passé de 8800 milliards d’euros en juin 2022 à environ 6000 milliards fin 2025 avec une projection de 5700 milliards d’euros fin 2026. Il n’y a donc pas, sauf revirement improbable, de support du marché obligataire à attendre en zone Euro de la part des banques centrales.
Les fonds de pension néerlandais
La réforme des fonds de pension néerlandais implique que les fonds de pension devraient réduire progressivement leurs avoirs en obligations d’État à très long terme de ~€100–150 milliards entre 2026 et 2028, notamment sur les échéances 30 ans et plus car la réforme ne concerne pas que les nouveaux contrats des assurés mais également les contrats existants avec une bascule progressive.
Ce chiffre est élevé car cela représente jusqu’à 10% de toutes les émissions souveraines en zone euro en 2025 et qu’il s’agit de titres de duration très longue donc susceptibles de peser en termes d’impact sur le marché. Ce chiffre de 100 à 150 milliards de cessions de titres longs en 2026 est aussi à relativiser car il s’agit d’un cumul sur les trois à quatre prochaines années et il y aura parallèlement des investissements de substitution sur des actifs plus courts.
Les programmes d’émission obligataire records en 2026 en zone euro
Les émissions combinées des états souverains de la zone euro et de l’Union Européenne elle-même devraient encore progresser en 2026 avec un total de près de 1700 milliards d’euros, en hausse d’environ 200 milliards par rapport à 2025 notamment en raison du programme d’émission de l’Allemagne et de l’union Européenne qui sont en hausse.
Les données macro-économiques
Le plan de relance allemand devrait contribuer à soutenir la croissance en zone Euro. Les prévisions de la commission européenne sont plus optimistes que celles de l’OCDE mais la croissance en zone Euro devrait a minima se maintenir au-dessus de 1,2% en 2026 avec des prévisions comprises entre 1.2% et 1.4%. Cela se compare avec une croissance de 1% environ en 2025. Parallèlement, les prévisions d’inflation sont orientées à la baisse avec une inflation attendue autour de 1.7% en 2026 contre 2.1% en 2025.
L’action de la BCE
Même si les mouvements des taux courts n’entrainent pas nécessairement des variations similaires sur les taux longs, une anticipation de l’évolution des taux courts basée sur les résultats économiques aurait désormais un impact sur les taux longs, maintenant que la courbe des taux s’est normalisée. La BCE a signalé être en bonne position d’attente et d’observation au niveau actuel de 2% sur la facilité de dépôt et le scénario central en 2026 reste à ce stade le statu quo sur les taux directeurs avec peut-être une baisse au second semestre si les conditions de baisse de l’inflation sont vérifiées.
En conclusion :
Point de boule de cristal mais un conseil : Les conditions de baisse des taux longs en zone Euro n’étant pas toutes réunies, les emprunteurs à taux fixe devront continuer à être prudents et devront savoir saisir les opportunités de repli des taux longs si elles se présentent au cours de l’année.
Ces opportunités pourraient se présenter en cas de baisse prononcée des marchés action, de chiffres macroéconomiques favorables comme une inflation qui s’installerait durablement autour de 1.5 % en zone euro, ou en cas de baisse marquée des taux américains à la faveur des premières succès de Kevin Warsh qui remplacera Jerôme Powell à la présidence de la FED à partir du mois de mai 2026 ou enfin d’une nouvelle appréciation marquée de l’Euro sur le marché des changes face aux principales monnaies de nature à pénaliser l’économie européenne et réduire les perspectives d’inflation.
Prudence et réactivité resteront de mise en 2026.



